Le sadisme dans la vie de tous les jours

Le sadisme est souvent associé à la déviance sexuelle, dans un contexte érotique particulier. Pourtant, cette recherche du plaisir dans la souffrance d’autrui s’exprime aussi au quotidien.

Pas de sentiment de culpabilité, pas de remords, mais une sensation agréable, voire excitante : le sadisme peut se manifester de bien des manières, de la plus spectaculaire à la plus insidieuse. Et ce trait de personnalité est loin d’être marginal. Une équipe de psychologues de l’université de la Colombie-Britannique (Vancouver) a réalisé une expérience instructive à ce sujet.

Une centaine de volontaires, aux profils divers, ont été recrutés, et il leur a été demandé de choisir entre quatre tâches désagréables : tuer des insectes, aider un expérimentateur à tuer des insectes, nettoyer les toilettes ou supporter la douleur au contact d’eau glacée. La mort des insectes (une mise en scène, en fait, puisqu’aucun animal n’a été sacrifié) reposait sur l’utilisation d’une sorte de moulin à café, avec un bruit d’écrasement qui ajoutait une connotation très désagréable. En ce qui concerne la répartition, il apparaît que 27% des participants se sont décidés pour l’élimination directe des insectes, à peu près autant pour l’aide à leur suppression, 34% pour le nettoyage des toilettes et 13% pour l’eau glacée.

Des individus ordinaires

Les entretiens ultérieurs ont montré, ce qui est assez logique, que ceux qui ont opté pour le « massacre » des insectes obtiennent les scores les plus élevés sur une échelle mesurant les pulsions sadiques : ils déclarent d’ailleurs y avoir pris un plaisir proportionnel au nombre d’insectes tués. On peut donc considérer que ce comportement est associé au circuit cérébral dit de la récompense.

Lors d’une seconde expérience, il s’agissait cette fois de faire du mal (par un processus acoustique) à des « cobayes humains ». Le résultat indique que lorsqu’ils se rendent compte que la victime est incapable de riposter, les « sadiques » – des individus par ailleurs tout à fait ordinaires – ont tendance à augmenter les décharges, ce que les autres ne font pas. Ordinaires, donc, bien adaptés à la vie sociale, sans antécédents particuliers, mais qui laissent apparaître, après une évaluation affinée, des traits associés à la psychopathie, au narcissisme et au machiavélisme.

Ces individus ne sont ni des déviants sexuels, ni des tueurs en série, ni quoi que ce soit de ce genre. Néanmoins, ils tirent un bénéfice émotionnel – à des degrés très variables – dans le déclenchement, ou simplement l’observation, de la souffrance de l’autre, physique ou psychologique. Violence conjugale, harcèlement sur le lieu de travail, maltraitante de toute nature… : les auteurs estiment que leurs travaux, qu’ils approfondissent, devraient contribuer à orienter les recherches sur le sadisme dans la vie de tous les jours.

Source: Université de la Colombie-Britannique (www.ubc.ca)

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