Les Canadiens sont avares


Les Canadiens ont été peu généreux.  Les réfugiés ont fait oublier que des Syriens restent sur place, totalement démunis, remarque Ottawa.


 

syrie-canada
Les Canadiens ont ouvert leurs bras aux Syriens qui cherchent refuge au pays… mais pas leur portefeuille. Des 100 millions de dollars espérés par Ottawa, la population n’en a versé que 12 millions. Le gouvernement fédéral a donc décidé de prolonger jusqu’au 29 février l’appel aux dons qu’il a promis d’égaler.

Annoncé en campagne électorale par les conservateurs, le Fonds de secours d’urgence pour la Syrie prévoyait qu’Ottawa verse une part égale des dons offerts par les Canadiens, jusqu’à concurrence de 100 millions de dollars. La collecte de fonds devait prendre fin le 31 décembre. En trois mois, depuis l’annonce faite à la mi-septembre, le gouvernement a reçu 12 millions, a annoncé la ministre de la Coopération internationale, Marie-Claude Bibeau.

Un chiffre décevant ? « Chaque dollar compte », a répliqué la ministre en point de presse, jeudi. Mais, du même souffle, elle a laissé entendre que l’accueil de milliers de réfugiés syriens au pays avait peut-être canalisé la générosité des Canadiens. « On a tellement mis l’accent sur l’accueil de réfugiés à la fin de la dernière année, on a jugé pertinent de prolonger la durée de ce fonds, a-t-elle expliqué. C’est très important d’accueillir des réfugiés au Canada. Mais il y en a tellement plus qui sont sur le terrain et qui ont besoin de notre aide. […] N’oublions pas les millions qui sont encore là-bas. »

La communauté internationale estime que 13 millions de Syriens ont besoin d’aide humanitaire en Syrie, tandis que 4,5 millions d’autres ont trouvé refuge dans les pays voisins, dans des conditions précaires. Le fonds d’Ottawa viendra justement en aide aux réfugiés qui sont toujours à l’étranger et aux communautés qui tentent de gérer le flux migratoire de ces gens qui ont fui chez eux le conflit.

La ministre Bibeau était accompagnée, en point de presse, de représentants de divers organismes humanitaires. Denise Byrnes, d’Oxfam-Québec, a réfuté l’idée que les Canadiens se sont montrés peu généreux en versant une fraction des sommes espérées. La population offre des dons depuis les débuts du conflit syrien, en 2011. « Si on mettait tous ces chiffres ensemble, je crois que vous verriez un niveau de générosité fort différent de la part du public », a fait valoir Mme Byrnes.

Désensibilisés

Pourtant, à la suite du tremblement de terre qui a secoué Haïti en janvier 2010, le gouvernement fédéral conservateur de l’époque avait promis lui aussi d’égaler les dons des Canadiens. La cible de 100 millions avait été plus que doublée. Fin mars, la population avait offert 220 millions.

« On ne peut pas comparer un désastre à un autre, a toutefois noté Nicolas Moyer, directeur général de la coalition humanitaire qui représente cinq ONG, dont Care Canada et Oxfam. Globalement, les désastres où les gens donnent le plus, ce sont les désastres où il y a beaucoup de visibilité médiatique, les désastres naturels. […] Pour les conflits, c’est beaucoup plus compliqué, parce qu’il y a les considérations politiques. »

Le conflit en Syrie fait les manchettes, mais depuis cinq ans, et la population s’en trouve presque désensibilisée. D’autant plus que la crise est bien loin du Canada — contrairement à Haïti. M. Moyer espère que l’arrivée de milliers de réfugiés au Canada donnera un « nouvel élan d’intérêt » aux Canadiens, qui, cela dit, ont fait une « immense » contribution en versant 12 millions au fonds d’Ottawa, a-t-il dit.

, ,

Laisser un commentaire