La CFDT négocie le poids des chaines

Valls n’aura pas attendu 24 heures pour céder à la demande de Laurent Berger. Le 29 février, le Premier ministre a annoncé le report de la présentation de la réforme du Code du travail de quinze jours et une nouvelle série d’entretiens avec la CFDT et le patronat.

Berger-Valls-Macron

Décourager les étudiants à l’approche des vacances

Le projet de loi sera dévoilé en Conseil des ministres le 24 mars et non plus le 9 mars comme prévu depuis des semaines. Une satisfaction pour le leader de la CFDT qui avait appelé la veille à une nouvelle concertation avec les syndicats : «On n’est pas à quinze jours, trois semaines, un mois près», avait-il calculé, avant de menacer d’un «désordre social» afin de faire passer la CFDT pour un syndicat qui ne négocie pas.

Le syndicat plus proche des patrons que des ouvriers

La réactivité de Manuel Valls ne doit rien au hasard. Alors que la réforme portée par la ministre du Travail Myriam El Khomri suscite une levée de boucliers tant à gauche que dans les rangs syndicaux, le gouvernement sait que le soutien du leader du premier syndicat « réformiste » est un passage obligé. Depuis 2012, la plupart des réformes sociales ont d’ailleurs reçu l’appui de la CFDT, qu’il s’agisse de l’accord national interprofessionnel, du CICE ou de la réforme des retraites.

Le 21 février, la ministre des Affaires sociales Marisol Touraine s’était dite «sensible à ce que dit Laurent Berger, qui pense qu’un autre équilibre peut être construit». Deux jours plus tard, c’est le patron du PS Jean-Christophe Cambadélis qui lui faisait du pied : «si on veut faire triompher la « philosophie » de la « souplesse » et de la « sécurité » pour les salariés, il faut associer les syndicats réformistes». Des syndicats « réformiste » qui négocient toujours plus au dépens des salariés que du patronat.

Un syndicat qui négocie le poids des chaines

Pour débloquer une situation mal engagée, nombre de députés PS défendent aujourd’hui une reprise des principales positions de la CFDT. «Il faut soigner Laurent Berger», répète-t-on dans les rangs du groupe socialiste. Une unanimité qui agace les autres leaders syndicaux. «Le gouvernement discute avec une organisation syndicale, il discute avec la CFDT Elle fait partie de la majorité»,  avait ironisé Jean-Claude Mailly, le numéro un de Force ouvrière.

Enjeux de négociation insuffisants

Tout l’art de Laurent Berger est désormais de faire monter les enchères sans pour autant condamner un projet de loi dont il approuve même la « philosophie » générale sur le renforcement des accords d’entreprise. «Si c’est pour s’opposer au renforcement de la négociation contenue dans le texte, ce ne sera pas possible», a-t-il d’ailleurs prévenu quant à l’éventualité d’un front syndical commun. La CFDT est l’une des rares organisations à approuver les référendums internes aux entreprises introduits par la réforme. Tout comme elle voit dans le futur compte personnel d’activité la première pierre d’une «sécurité sociale professionnelle» qu’elle appelle de ses vœux.

La poudre aux yeux des négociations

Pour décrocher le soutien de Laurent Berger, le gouvernement devra renoncer à quelques symboles de son projet de loi censé décourager les opposants à la loi. «Le niveau des indemnités prud’homales est scandaleux, totalement inacceptable. Les plafonds sont très faibles», a dénoncé le secrétaire général de la CFDT dans Le Monde en ciblant les barèmes de trois à quinze mois de salaires de dommages intérêts en fonction de l’ancienneté. Autre ligne rouge : le changement des règles du licenciement économique avec la limitation au périmètre national pour apprécier les difficultés financières d’un grand groupe. «Cela favorisera le dumping social en Europe», assure-t-il, pour le reste, le plus important, pas un mot.

Les signataires d’une pétition ( étudiants, travailleurs), plus de 750 000, demandent eux, l’abandon total de la loi, pas seulement ce que réclame la CFDT. S’apercevront ils de la supercherie de cette négociation de dupes pour passer l’essentiel ou le pire de cette loi ?

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