Daech interressé par les Palestiniens ?

PLAN DE « PAIX » – L’administration Trump présentera ce mardi son plan de « paix » pour le Proche-Orient qui enterre la solution à deux États proposée par les accords d’Oslo. Ce plan suscite l’opposition de l’ensemble des groupes palestiniens. Et, une nouvelle entrée en jeu : Daech.

Défait militairement en Syrie et en Irak, ayant perdu la totalité de son Califat, ayant surtout perdu son chef historique Abou Bakr Al Bagdadi en octobre dernier, Daech ne pouvait plus compter que sur la montée en puissance de certaines de ses franchises ailleurs dans le monde, notamment au Sahel, pour continuer d’exister. C’était sans compter sur un petit « coup de pouce » de Washington.

L’administration Trump accouche en effet de son fameux plan de paix pour le Proche-Orient. Certes avec 8 mois de retard (on en attendait les prémices avant l’été dernier) mais avec toute la dose de provocation à laquelle on pouvait s’attendre. En résumé, les Américains proposent aux Palestiniens d’oublier l’idée d’un État viable en échange d’une montagne de dollars.

En l’occurrence, à l’immense satisfaction d’un Benyamin Netanyahou qui ne le pensait sans doute pas possible, même dans ses rêves les plus fous, le plan concocté par Jared Kushner, gendre et très impartial envoyé spécial du président Trump, prévoit l‘annexion pure et simple par Israël de toute la vallée du Jourdain, ainsi que celle des colonies de facto déjà insérées en territoire palestinien, sans compter évidemment la confirmation du statut de Jérusalem comme seule capitale de l’État hébreu. En échange, 50 milliards de dollars d’aide économique pour les Palestiniens et les pays arabes alentours.

Autant dire un enterrement de première classe pour les accords d’Oslo qui instituaient la solution « deux peuples, deux Etats ». Du coup, avant même que la communication officielle n’en soit faite à Washington, le plan de paix en question,  » chance historique qui ne se présentera qu’une fois » selon Bibi Netanyahou, a réussi le tour de force d’unir en une seconde toutes les factions palestiniennes contre lui, le Hamas proposant même de se coordonner avec Mahmoud Abbas pour établir une position commune.

Parmi les menaces évoquées il est question d’attaques chimiques à la roquette

Mais il y a mieux. Daech, en la personne de son nouveau chef, Abou Hamza Al Qoureshi, s’est donc réveillé d’entre les morts pour tout à coup décréter que son nouvel objectif était de combattre Israel. Ce n’est pas une mince nouvelle.  D’abord parce que la population de Haïfa ou Tel Aviv, elle, n’a peut-être pas besoin de ça. Parmi les menaces évoquées il est question d’attaques chimiques à la roquette et autres « joyeusetés ». Mais surtout parce que ce serait une première. 

Durant toute la guerre en Syrie, on serait bien en peine de trouver un seul exemple d’un affrontement majeur entre Daech et Israël. Même les groupes affiliés à l’EI dans le Sinaï, géographiquement les plus proches, s’en sont toujours pris aux représentants de l’État égyptien, pas à leurs voisins. Et puis, cette réorientation militaro-stratégique de la part du groupe terroriste ne rentre pas dans la grille de lecture des grandes lignes de forces qui s’opposent au Proche-Orient telle que présentée par le narratif israélien : le grand ennemi, la grande menace, c’est l’Iran. Pas Daech.

Il est quand même embêtant, pour la logique de ce raisonnement, qu’un mois après l’assassinat par un drone US de l’iranien Qassem Soleimani, par ailleurs grand pourfendeur de Daech, ce soit ce dernier, et non pas l’Iran, qui vienne inopinément déclarer la guerre à Israël.

Oui le plan de paix de Donald Trump pour le Proche-Orient pourrait bouleverser la donne, mais pas forcément dans le sens souhaité.

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